15 juillet 2008

Bayrou stratège

François Bayrou a donné une interview très intéressante jeudi dans le Figaro, où il endosse à la perfection le rôle de premier opposant à Sarkozy. Sa réponse à la question de savoir s'il envisageait une alliance avec le PS dévoile clairement sa nouvelle stratégie :

«Pour proposer au pays un destin autre que celui vers lequel on l'amène, il faudra des alliances larges. Les socialistes sont aujourd'hui devant de grandes difficultés de ligne et aussi de leadership. Donc, pour l'instant, ils s'enferment. Mais un jour, ils seront bien obligés d'ouvrir les yeux. Je pense aussi aux gaullistes. Ils vont vivre le choc du retour de la France dans le commandement intégré de l'Otan et le renoncement de ce qui faisait, symboliquement, l'originalité de la France dans le monde. Un jour, tous ceux-là se ressaisiront. Ce n'est plus pour moi affaire de partis ou de courants. C'est la France qui est bouleversée dans sa vocation historique, et je connais notre pays : dans ses profondeurs, il ne l'acceptera pas.»

 

14 juillet 2008

la question du cumul des mandats

La question du cumul des mandats touche directement au fonctionnement démocratique : élargissement de la représentation politique, possibilités d’une décentralisation plus conforme aux objectifs qu’elle proclame, efficacité de la décision publique et démocratisation locale.

Avant les municipales, 90% des députés cumulaient leur mandat national avec un mandat. Le scrutin de mars 2008 n’a rien changé à  cette donne, qui est une caractéristique centrale de la vie politique sous la Ve République.

La « nationalisation » de la vie politique qui passe par une consolidation de l’implantation locale des élus nationaux, le mode de scrutin législatif, qui favorise (ou implique) la constitution de fiefs électoraux locaux, la nécessité d’assurer aux « professionnels » de la politique une forme d’assurance-chômage contre les revers électoraux expliquent ce phénomène unique au monde par son ampleur, du moins dans les démocraties des pays développés. Parfois défendu au nom d’un argument de proximité , le cumul des mandats est de plus en plus souvent dénoncé. Accusé d’être la source de nombreux conflits d’intérêts pouvant conduire parfois à de la corruption, de transformer les représentants de la nation en lobbyistes des collectivités territoriales, d’empêcher tout travail parlementaire sérieux (les tâches de gestion locale devenant de plus en plus lourdes et accaparantes) et toute réforme ambitieuse du Parlement, de freiner la paritarisation de la vie politique, ce cumul a commencé à être timidement réglementé en 1985, sans grand succès.

Alors que la question du cumul des mandats avait été inscrite sur l’agenda de la campagne pour l’élection présidentielle de 2007 la plupart des ministres sont (ré) élus à des postes locaux, tandis qu’à gauche, l’un des ténors de l’anti-cumul, Arnaud Montebourg, a décidé de briguer la présidence du Conseil général de Saône-et-Loire en sus de son mandat de député.

Le rapport du Comité de réflexion et de proposition sur la modernisation et le rééquilibrage des institutions, présidé par Edouard Balladur, a pris position en faveur du mandat unique des députés, mais de manière minimaliste et dans une « lettre d’orientation » à François Fillon le président Sarkozy enterre plutôt la question du non cumul. La question du cumul des mandats est exclusivement abordée à travers le renforcement du rôle du Parlement et de la disponibilité des parlementaires, en laissant bien d’autres questions fondamentales de côté. Quid par exemple de la rotation des mandats et de la limitation des mandats dans le temps ? Quid du cumul horizontal des mandats et des fonctions locales, surtout si le mandat intercommunal compte enfin pour ce qu’il est ? Quid de l’évolution du statut de l’élu qui doit être indissociablement lié à toute réforme sur le cumul des mandats ?

Assis au bord de la mer

Assis au bord de la mer, sous le soleil couchant, Jean et Éric, militants socialistes, soupirent, tenant chacun une rose à la main.  Finalement,  c'est Jean qui brise le silence :
- Toi aussi, tu penses à elle ?
- Oui, murmure Éric. Elle a vraiment tout pour gagner…
- C'est vrai ! Elle présente sa contribution avec une des plus grosses fédérations et d'autres la rejoindront sûrement au moment du Congrès. Même si parfois, elle s'acoquine avec des stars que je n'aime pas beaucoup.
- Et quelle bonne idée de faire un livre avec un sociologue de qualité. Elle montre qu'elle réfléchit, elle est plus carrée, plus affirmée.
- Elle a intégré beaucoup d'éléments modernes dans sa réflexion : cette histoire de Pacte de confiance pour qu'on retrouve l'esprit joyeux d'avant, cette prise en compte de la « démocratie sociale et participative »
- Ah, pour le Pacte de confiance, je n’avais pas vu. Mais elle a toujours aimé les Pactes…
- Et puis surtout, elle aime vraiment les militants et les cadres du parti.
- Oui, enfin, beaucoup lui en ont fait baver quand même. C'est à cause d'eux qu'elle a perdu, fait Éric en inspirant sa rose.
Jean ne comprend plus.
- Attends, tu parles de qui, Éric ?
- Mais… de Martine (Aubry). Qui d'autre ?
- Mais moi je te parlais de Ségolène (Royal) ! What else ?
- Quoi ?!!
Le moment magique se dissipe. Les deux militants se redressent.

-Mais... comment as-tu pu croire une seconde qu'on parlait de la même personne ?!, s'insurge Jean.
- Je te renvoie la question ! Martine présente sa contribution avec la puissante Fédération du Nord-Pas-de-Calais. Certes elle s'acoquine avec Jack Lang, qui fait rigoler tout le monde, mais elle va avoir le soutien des Reconstructeurs au moment de la désignation du chef.

- Excuse-moi mais ta Martine n'est qu'une copieuse ! Ségolène est proche de Manuel (Valls) qui présente une contribution avec la Fédération des Bouches-du-Rhône, qui est bien plus puissante !
- Ah oui ? Et elle va être élue par qui, ta Ségolène ? Et comment peux-tu être si sûr que les tontons de province la suivront ? Elle n'arrête pas de dire que le Parti lui en veut, que rien n'est de sa faute si elle a perdu ! Ah, elles ont bon dos les 35 heures ! Dès le lendemain de sa défaite, elle en disait du mal ! Au moins, Martine, elle ne s'allie pas avec Bayrou, et elle a un vrai programme, pour la taxe Tobin, contre les stock-options et les parachutes dorés…
- Tintin! Et ta Martine, tu crois que les Reconstructeurs vont la laisser faire ? Tu crois qu'ils ne voient pas qu'elle a des ambitions ? Ségolène est beaucoup plus populaire dans les sondages !
- Non!
- Si !
- Et d'abord, la tienne, elle pèse combien au PS ?
- Et la tienne, elle pèse combien ?
- Malotru !
Jean et Éric en viennent aux mains. Le soleil se couche sur le port. Les roses servent maintenant d'armes de poing